Il est d’usage de vanter les effets la Respiration Holotropique en collectif. Et si les avantages du groupes sont indiscutables, l’expérience en individuel a aussi des qualités qu’il serait dommage d’oublier. Petite analyse comparative.

La plupart des praticiens en Respiration Holotropique (RH) font consensus pour préférer la RH en groupe. Je confirme totalement la qualité de cette expérience, essentiellement pour deux raisons: d’une part l’énergie développée par le groupe va souvent soutenir l’expérience de l’individu, voire l’autoriser à se « lâcher ». D’autre part, les autres participants, que ce soit pendant les respirations proprement dites ou tout au long du séminaire, vont permettre à chacun de profiter des bénéfices de la vie en groupe: s’exposer, poser sa parole, écouter, travailler le lien, accueillir la différence, reconnaître nos pratiques de jugement, d’exclusion, de séduction, d’admiration, etc.

Il serait pourtant dommage de ne pas connaître ou reconnaître les avantages spécifiques d’une Respiration Holotropique pratiquée en individuel. Cette expérience répond par exemple très bien à des personnes qui, au stade de leur démarche personnelle, pour des raisons de sécurité, de timidité, ou de pudeur (pour ne citer que quelques exemples) préfèrent s’explorer sans le regard des autres. Certaines n’ont même aucune crainte vis à vis du collectif, sauf celle de rester, elles, dans leur « quant à soi » et de ne pas plonger suffisamment dans l’expérience.

« Respirer » en solo est aussi la garantie de pouvoir compter sur le praticien à 100%. Personnellement, j’apprécie beaucoup cette expérience où je suis entièrement dévoué à une unique personne pendant 1h30, 2h00 ou 2h30. Nous créons tous les deux, dès les minutes qui précèdent la RH, un véritable duo, engagé pour le meilleur et pour le pire, et c’est pour moi la promesse de vivre le « voyage » de mon client d’une manière à la fois intense et subtile. C’est aussi la possibilité de réagir sur mesure au « travail » de mon client, par exemple en modifiant les plages musicales, le volume de la musique, le « setting » de la pièce, ou en testant un mot ou un geste qui m’apparaîtraient. Toutes choses praticables en groupe mais de manière forcément moins systématiques et moins « calé » sur chaque instant.

Avouons aussi que le collectif développe rapidement une forme de personnalité, comme s’il ne s’agissait que d’un seul être. Tel groupe va paraître aux praticiens surtout en colère, tel autre plutôt triste, ou encore « plein d’énergie ». Autant de qualifications généralisantes qui peuvent parfois nous faire négliger des sujets qui, plus « discrets » dans leur voyage, ne partageraient pas cet état. Il peut même arriver que de manière inconsciente les praticiens se concentrent sur les éléments du groupe les plus représentatifs d’un état général, ou les plus démonstratifs, et s’engagent moins dans l’accompagnement des plus mutiques. Tout le contraire en « solo », ou un long silence, pour ne citer qu’un exemple, de notre unique explorateur, ne nous lâchera pas et nous imposera la question de l’agir ou pas. En bref, pas d’esquive possible pour le praticien en individuel.

De manière pratique, il faut ensuite relever que la Respiration Holotropique en individuel, économisant les temps de cohésion et de partage du groupe, peut se pratiquer sur une durée beaucoup plus courte (2 à 3 heures chez moi) et du coup pour un budget plus abordable. La phase de sortie de l’expérience, qui consiste souvent en du dessin libre, pour ne pas trop vite laisser place au « mental », peut facilement être adaptée au caractère du sujet. On peut par exemple décider d’un commun accord de remplacer le dessin par un chant spontané, de l’écriture automatique, de la sculpture ou une danse… Enfin le partage final sur le « voyage » accompli, qui compte pour beaucoup dans l’intégration de l’expérience, est forcément limité en temps dans un groupe. En individuel, le praticien peut permettre, si nécessaire, un temps beaucoup large, voire un espace pour un travail thérapeutique complémentaire final.

Il me paraît enfin nécessaire de préciser que si la pratique de la RH en individuel est négligée, c’est aussi pour une contrainte technique qu’elle pose: celle d’avoir un lieu de pratique adéquat, c’est à dire pouvant supporter, sans plaintes de voisins, les décibels dégagés par de telles expériences. Beaucoup de praticiens organisent des groupes de RH dans des lieux d’hébergements qui peuvent assumer ce bruit, mais craignent d’en faire autant dans leurs propres cabinets, le plus souvent situés en ville et dans des immeubles mêlant bureaux et habitations. J’apprécie régulièrement la débauche de décibels que je peux me permettre au Taïa sans avoir de tels scrupules…